Actualités

La nouvelle entrée Saint-Julien est enfin ouverte au public !

Pendant plusieurs mois, des travaux étaient en cours afin d’offrir au public une toute nouvelle porte d’entrée vers le cloître. Un aménagement spécialement pensé pour les visiteurs et leur découverte. Que va-t-on y trouver ?

Le 21 septembre, à l’occasion des journées européennes du patrimoine, la nouvelle entrée du cloître située aile Saint-Julien a ouvert ses portes au public, après plusieurs mois de travaux. Une vraie transformation sur l’aménagement intérieur et le contenu proposé aux visiteurs.

Cette salle, libre d’accès et gratuite pour tous, est destinée à la fois aux futurs visiteurs du cloître, mais également aux personnes souhaitant simplement découvrir la ville, l’art roman local ou flâner dans la boutique. Ainsi, la pièce a été pensée à cet effet : des outils de découverte en premier plan, la boutique au second, puis la banque d’accueil au fond de la pièce pour passer à la visite.

A l’entrée, deux tables numériques tactiles, avec fauteuils, offrent une présentation de l’art roman. Une table consacrée aux Grands sites Occitanie, l’autre au monde roman. Sur le mur opposé de la pièce, une planche de 4,5 x 1,5 m composée de 5 écrans leur fait face. A travers un diaporama photos, il s’agit là de valoriser les sites romans à proximité, étant tous historiquement liés à Moissac tels que Cahors, Lauzerte, Carennac ou Duravel.

Au milieu de la pièce, les objets de la boutique déjà existante sont présentés, avec une gamme de produits enrichie dont davantage de jeux enfants, d’ouvrages de référence et dans des langues étrangères. Le patrimoine met également l’artisanat local en avant avec des produits inspirés de l’abbaye et confectionnés par des artistes locaux : « Au fil d’émaux », émailleuse moissagaise, M. Velez, bijoutier moissagais et « La Poterie de la Hulotte » située à Caylus.

Au fond de la pièce, après avoir passé la banque d’accueil, c’est là que se trouve le passage pour rejoindre le cloître. Une porte automatique a été choisie afin qu’aucun élément ne s’appuie sur le mur de l’édifice dans le but de respecter au maximum le lieu. Tout cet aménagement a également été imaginé dans un souci d’accessibilité sur un seul niveau avec un mobilier à hauteur de chaise roulante (tables tactiles, banque d’accueil) et des portes automatiques permettant aux personnes à mobilité réduite de circuler librement dans cet espace.

Nouvelle entrée du cloître - SudOuest Occitanie Moissac

 Article publié le 23 Septembre 2019 par le service communication de la ville de Moissac, sur le site de la mairie.

Abbaye de Moissac : le début des travaux du musée

Depuis 2014, la municipalité s’est engagée dans un projet d’amélioration et d’extension du parcours de visite de l’abbaye de Moissac. Cet hiver voit la réalisation de la première phase : la modification de l’espace d’accueil.

L’aile Saint-Julien aménagée en 1991 par l’architecte en chef des Monuments Historiques, Bernard Voinchet va être modifiée afin de devenir le véritable lieu d’accueil dans l’abbaye de Moissac, tout au long de l’année. L’architecte Sébastien Loiseau et le muséographe Gilles Vignier ont conçu un aménagement sobre, efficace et respectueux de l’édifice. La façade vitrée dans laquelle se reflète la tour du clocher porche va être avancée d’une travée pour la rendre plus visible tout en augmentant l’espace intérieur. Elle sera réalisée à l’aide de matériaux modernes assurant une meilleure isolation thermique que la paroi actuelle.

Les visiteurs pourront flâner dans la boutique sans forcément prendre un ticket d’entrée et l’attente pour la billetterie sera ponctuée d’une vidéo présentant l’évolution de la ville de Moissac, introduction au parcours du musée qui prendra place à l’étage de l’aile orientale du cloître.

Cet espace servant d’entrée et de sortie dans le site majeur de l’art roman qu’est le cloître de Moissac, servira de zone d’attente « intelligente » au visiteur. Des outils numériques mettront en valeur les sites romans du territoire labellisés Grands Sites Occitanie « Moissac-Auvillar-Lauzerte », mais également les autres sites majeurs de l’art roman présents dans la région, sur le territoire national et européen.

Aile Saint-Julien : préfiguration des nouveaux aménagements
Aile Saint-Julien : préfiguration des nouveaux aménagements

A la découverte du fascinant « Légendier de Moissac »


A l’occasion de la sortie du livre « Le légendier de Moissac et la culture hagiographique méridionale autour de l’An Mil », intéressons-nous au travail d’écriture réalisé par les moines de l’abbaye à la grande époque du scriptorium.

Sans doute depuis ses très anciennes origines, mais au moins dès le Xe siècle, l’abbaye Saint-Pierre de Moissac possédait une bibliothèque. En effet, certains de ses moines bénédictins s’affairaient plusieurs heures par jour à recopier à la main, munis de plumes taillées, des livres manuscrits venus d’autres monastères. A partir du milieu du XIe siècle et de l’entrée de Moissac dans le groupe de monastères dirigé par l’abbaye de Cluny en Bourgogne, l’activité des copistes s’intensifia. La Bibliothèque Nationale de France, à Paris, conserve près de 150 des manuscrits confectionnés à Saint-Pierre de Moissac entre environ 1050 et 1150. Ces ouvrages sont souvent ornés de peintures qu’on nomme “enluminures”, quelques-unes sont des chefs-d’œuvre de l’art roman (comme les sculptures du portail et du cloître). La majorité des livres sont évidemment des textes religieux mais il y a aussi des traités scientifiques et des livres d'”histoire”. Certains manuscrits conservés sont très rares : la collection moissagaise compte une des dix seules copies connues de “La guerre des Gaules” de César, ce général romain qui a conquis notre pays. Par chance, la bibliothèque moissagaise médiévale n’a pas été détruite, comme c’est le cas pour de nombreuses autres bibliothèques. Le ministre de Louis XIV, Colbert, a fait transporter ce trésor de manuscrits vers Paris, en 1678, avant que les rats ne finissent leur travail de destruction.

Si, comme nous l’avons dit, les moines scribes travaillèrent beaucoup après 1050, le “légendier” est la preuve que Moissac était déjà un centre de culture important aux alentours de l’an mil. Un “légendier” chrétien est un recueil contenant les récits de la vie, du martyre subi, des miracles accomplis par des personnages saints depuis les origines du christianisme. Le “légendier” constitué à Moissac (en deux tomes, dont l’un est incomplet) est le plus ancien légendier du sud de la France.

En 2014, l’université de Toulouse organisait, à l’initiative de l’enseignant- chercheur en histoire Fernand Peloux, un colloque réunissant une vingtaine de spécialistes, dont Chantal Fraïsse, la directrice du Centre d’art roman moissagais, pour mieux connaître (et faire connaître) le célèbre “légendier” de Moissac. Les actes de ce colloque (communications mises par écrit) viennent de paraître sous le titre : Le légendier de Moissac et la culture hagiographique méridionale autour de l’An Mil. Ce gros ouvrage permet de mieux comprendre comment a été constitué ce recueil : combien de scribes ont travaillé pendant les trois années environ qui ont été nécessaires pour réaliser notre manuscrit (546 pages pour le tome complet). Par qui les enlumineurs furent-ils inspirés ? Dans quel contexte historique ce travail fut-il mené à bien ? Les travaux des spécialistes d’hagiographie (étude des récits de vie de saints) ont bien mis en lumière le grand intérêt et la richesse de cette collection qui a, selon Fernand Peloux, largement fondé la mémoire hagiographique des terres méridionales (et davantage). Il y a des saints très connus : Martin, le légionnaire qui a partagé son manteau avec un pauvre, Augustin l’auteur-philosophe chrétien, Cyprien l’évêque qui deviendrait patron de Moissac ; il y a des saints locaux : Saturnin (devenu Sernin) évêque martyr de Toulouse, Foy jeune martyre d’Agen dont les reliques ont été dérobées par des moines de Conques, etc. Mais l’origine de ces saints est souvent très lointaine : aux espagnols (Vincent le patron des vignerons, les soeurs Juste et Rufine de Séville qui auraient été déchirées par des griffes de fer) s’ajoutent des personnages venus de tout le bassin méditerranéen : Cyr (ou Cirice) et sa mère Julitte ont été martyrisés pour défendre leur nouvelle foi chrétienne à Tarse en Turquie actuelle. Il y a des textes extrêmement rares, voire uniques, comme celui concernant saint Vamnès issu de Perse. On ne peut pas toujours expliquer par quelles voies les textes- modèles sont arrivés pour y être regroupés à Moissac mais on peut constater que le réseau des échanges dans le haut Moyen Âge était dense et actif. C’est peut-être ce dont témoigne le mieux le “légendier” moissagais.

Le légendier est orné de lettrines réalisées entre 1020 et 1030 par différents moines enlumineurs. Ce type de décor plébiscité dans les manuscrits de l’époque romane consiste à mettre en valeur par la couleur et différents motifs la première lettre du premier mot commençant le chapitre. Les enlumineurs ayant œuvré sur ce manuscrit ont utilisé, chacun selon leur propre style, le motif de la palmette aquitaine : un rinceau de feuillage blanc s’épanouissant en diverses folioles sur un fond coloré.